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Dans votre tête, la salle d'audience existe...Vous ne franchirez jamais la porte.

  • Photo du rédacteur: Linda VAN DEN KERCKHOVE
    Linda VAN DEN KERCKHOVE
  • il y a 3 jours
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Lina, 38 ans.

Il y a sept mois, Lina a senti quelque chose. Pas grand chose. Une fatigue un peu bizarre, une douleur floue quelque part, pas assez précise pour paniquer, pas assez absente pour l'ignorer tranquillement.

Elle s'est dit : j'appelle mon médecin cette semaine.

Elle n'a pas appelé.


La semaine d'après, il y avait un dossier urgent au travail. Puis les vacances. Puis le numéro introuvable. Puis la conviction que ça s'était sûrement arrangé. Puis : et si j'exagère, et si je suis hypocondriaque. Puis les délais, le manque de temps.


Sept mois.


Le symptôme est toujours là. Lina y pense tous les matins sous la douche. Le soir avant de dormir. Entre deux réunions quand il y a un silence. Et tous ces moments-là, elle ne prend pas rendez-vous.


Vous attendez qu'elle dise qu'elle est négligente ? Non. Ce qui se passe dans sa tête est bien plus intéressant que ça.



Ce que votre cerveau fait sans vous demander la permission

Voilà ce que personne ne vous dit sur l'évitement : ce n'est pas de la procrastination. C'est votre cerveau qui fait un calcul et qui le gagne à chaque fois.


Le calcul de Lina ressemble à ça :

Prendre rendez-vous : risque immédiat d'une mauvaise nouvelle. D'une réalité qu'on ne pourra plus ignorer. D'une peur confirmée.

Ne pas prendre rendez-vous : inconfort. Diffus. Supportable. Gérable.


Son cerveau choisit l'inconfort gérable. Rationnellement. Intelligemment. À très court terme.

Et il remet ce calcul en route le lendemain. Et le jour d'après.

Pendant ce temps, quelque chose de sournois se passe. Ce qui était passer un coup de fil de cinq minutes est devenu dans la tête de Lina une confrontation avec quelque chose de bien plus grand, la peur d'apprendre qu'elle n'a pas assez pris soin d'elle. Qu'elle aurait dû réagir plus tôt. Que c'est sa faute.

Ce n'est plus un rendez-vous médical. C'est un verdict.

L'évitement ne supprime pas la menace. Il la met en veille et la facture augmente.



Ce que ça coûte vraiment

Le matin sous la douche, Lina pense au symptôme. Elle éteint la pensée. Elle pense à autre chose.

Le soir, en regardant une série, un personnage va chez le médecin. Elle change de chaîne mentalement, pas la série, juste la pensée. Elle la remballe.


Au travail, une collègue parle de sa mammographie. Lina sourit, répond quelque chose, et sent le truc se rallumer dans son ventre.

Ce n'est pas anodin. C'est une charge permanente, invisible, épuisante. Et le comble : plus elle évite, plus son cerveau enregistre que la menace est dangereuse. Parce que si on fuit quelque chose, c'est bien que c'est grave, non ? Le cerveau ne fait pas la différence. Il apprend de ce qu'on fait.


Les études en TCC sont claires : l'évitement est le principal facteur qui transforme une peur passagère en anxiété chronique. Pas l'événement lui-même. Le fait de ne pas y aller.

Lina ne souffre pas de ce qu'elle redoute. Elle souffre de l'espace mental qu'occupe ce qu'elle ne fait pas.



Alors on fait quoi ?

On ne sort pas de l'évitement en se disant allez, cette fois je le fais vraiment. Si ça marchait, Lina aurait appelé depuis longtemps.

Ce qui change quelque chose, c'est de comprendre ce que la porte représente vraiment pour elle. Ce n'est pas un rendez-vous médical qu'elle évite. C'est la possibilité d'apprendre qu'elle n'a pas assez pris soin d'elle. Un verdict sur ce qu'elle vaut, ce qu'elle mérite, ce qu'elle est capable de traverser.


Ce tribunal-là est bien plus ancien que ce symptôme.

Le travail commence là : comprendre ce que vous évitez vraiment.

Reconstruire progressivement la capacité à tolérer l'incertitude sans fuir.

Pas pour être courageuse.

Pour arrêter de payer le loyer d'une salle d'audience où vous n'entrez jamais.


Ce que vous évitez ne disparaît pas. Ça attend — et ça facture.

 
 
 

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