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Dans votre tête, le procureur plaide. L'avocat de la défense n'a jamais été convoqué.

  • Photo du rédacteur: Linda VAN DEN KERCKHOVE
    Linda VAN DEN KERCKHOVE
  • il y a 5 jours
  • 3 min de lecture

MARVIN, 28 ANS.

Il y a six mois, sa relation de quatre ans s'est terminée. C'est lui qui est parti.

Pas parce qu'il ne l'aimait plus. Parce qu'il ne se reconnaissait plus dans ce qu'il était devenu avec elle. Il étouffait. Il le savait depuis longtemps. Il a fini par partir.

Depuis, il se juge sans relâche.

Il se dit qu'il a détruit quelque chose de réel pour une raison floue. Qu'elle ne l'a pas mérité. Qu'un homme bien n'aurait pas fait ça. Il repense à ses larmes à elle le soir où il est parti. Il repense aux moments où il aurait pu agir différemment, plus tôt, mieux. Il compile, sans le vouloir, un dossier à charge contre lui-même — chaque souvenir devient une preuve supplémentaire de sa culpabilité.

Il refait sa vie sur le papier. Il rencontre des gens. Il sourit.

Mais le soir, seul, le tribunal reprend sa session.

Marvin n'est ni cruel ni irresponsable. Ce qui se passe dans sa tête est bien plus complexe que ça et bien plus répandu qu'on ne le croit.


Le tribunal s'ouvre

Quand votre cerveau enregistre une décision douloureuse — surtout celle qui blesse quelqu'un que vous aimez — il ouvre automatiquement une procédure d'évaluation.

C'est un mécanisme sain à l'origine. Se juger permet d'apprendre, de se corriger, de mieux agir la prochaine fois. Le cerveau qui analyse ses propres actes est un cerveau qui cherche à s'améliorer.

Sauf que dans le cas de Marvin et peut-être dans le vôtre le tribunal ne s'est pas constitué équitablement.

Le procureur est là. Il connaît parfaitement le dossier. Il a toutes les preuves, tous les précédents, toutes les circonstances aggravantes. Il plaide avec conviction, avec précision, sans la moindre hésitation.

L'avocat de la défense, lui, n'a jamais reçu sa convocation.

Personne ne contre interroge les témoins. Personne ne rappelle que Marvin a tenu quatre ans dans quelque chose qui l'abîmait. Personne ne soulève que partir peut être un acte de respect — envers soi, envers l'autre. Personne ne pose la question de ce qui se serait passé s'il était resté.

Le verdict est rendu avant même que la défense ait pu ouvrir la bouche. Ce n'est pas de la lucidité. C'est un procès truqué.


Ce que le tribunal fait vraiment

Un tribunal à sens unique ne produit pas de justice. Il produit une condamnation systématique.

Et une condamnation systématique a des effets concrets.

Marvin commence à se méfier de ses propres décisions. Il doute de sa capacité à aimer correctement. Il anticipe le verdict avant même d'agir et parfois, il n'agit plus du tout, pour éviter d'avoir à se juger encore.

Le cerveau, lui, apprend et enregistre. Il renforce les connexions entre "faire un choix difficile" et "danger moral". Ce qui ressemble à de la culpabilité chronique est souvent, neurologiquement, un système d'alerte qui s'est emballé.

Le cerveau de Marvin ne le punit pas. Il tente de le protéger maladroitement, à un coût excessif, mais avec une intention claire : ne plus jamais faire de mal à quelqu'un.

Le problème n'est pas ce que Marvin pense de lui-même. C'est que la procédure ne lui a jamais donné la parole.


Le non-lieu

On ne rééquilibre pas un tribunal par la pensée positive.

Dire à Marvin "tu as bien fait" ou "arrête de culpabiliser" ne change rien à la structure du procès. Le procureur enregistre ces interventions comme non recevables et continue de plaider.

Ce qui change quelque chose, c'est de comprendre que ce tribunal a été construit. Qu'il n'est pas la vérité il est une procédure apprise, souvent très tôt, dans des contextes où être sévère avec soi-même avait une fonction précise. Une façon d'anticiper le jugement des autres avant qu'ils ne le prononcent. Une tentative de contrôle sur quelque chose de fondamentalement douloureux avoir fait souffrir.

Le travail thérapeutique commence là : comprendre comment ce tribunal s'est constitué. Identifier ce que le procureur cherche à éviter. Et convoquer enfin l'avocat de la défense pas pour acquitter systématiquement, mais pour que le verdict soit juste.


La sévérité envers soi-même n'est pas de la rigueur morale. C'est une audience dont vous n'avez jamais entendu l'autre côté.

 
 
 

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